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En photo : Simbad pendant les tournages pour un reportage sur la famille d’Armelle Jacquin et sa famille, connus comme "Justes de France".
JUSTES DE FRANCE EN AQUITAINE
L’HISTOIRE D’UNE PETITE FILLETTE JUIVE
Née à Karlsruhe en Allemagne, Hélène Fraenkel a douze ans en avril 1939. Grace à l’OSE sa famille réussit à la faire passer clandestinement en France avec sa sœur. Les deux fillettes trouvent asile à Strasbourg. Lorsque les Allemands envahissent la France, l'OSE transfère Hélène, seule sans sa sœur, dans un orphelinat de Bergerac. Un soir, en 1942, des gendarmes français font interruption dans l'établissement et arrêtent plusieurs Juifs, dont Hélène. Déjà dans le car qui doit la conduire dans un camp, elle est remplacée au dernier moment par un Juif plus âgé et elle retourne à l'orphelinat. Il est alors décidé de lui trouver une cachette plus sure. Le directeur de l'établissement connaît la famille Jacquin près de Bergerac qui pourrait l'accueillir.
Paul Jacquin, importateur parisien de matériel scientifique, refuse de collaborer avec les Allemands et voit son entreprise réquisitionnée. Il se réfugie avec sa femme Marguerite et leurs cinq enfants, François, Armelle, Noëlle, Jean-Pierre et Bernadette au manoir de Sireygeol, proche de Bergerac, une vaste mais vieille bâtisse qu'ils louent. Cette famille a des liens avec la Résistance. Elle abrite des enfants juifs; munis de faux papiers d'identité. Mme Langweil, amie de la famille, leur amène des enfants de l'orphelinat juif de Bergerac tenu par Mme Weil. Ainsi, arrivent Hélène Fraenkel et Vincent et Bruno Léon. Hélène est la petite-fille d'un rabbin polonais, elle est pourvue de faux papiers au nom d' “Hélène Frenel” et au même âge qu'Armelle Jacquin. Les trois enfants resteront chez les Jacquin jusqu'à la Libération.
La famille Jacquin vit modestement et se livre aux travaux des champs avec l'aide des enfants et des réfugiés. Tous gardent les troupeaux et travaillent aux champs. Toute la famille des Jacquin est impliquée dans les sauvetages, aussi bien à Grenoble qu'à Paris ou en Normandie ou vivent leurs cousins, les Parodi. Mais aussi les amis: l'instituteur qui fournit les faux papiers, le maire, les fermiers voisins. Paul et Marguerite Jacquin ont ainsi pu sauver un résistant, Antoine Noël, des réfugiés de passage qui avaient besoin de “se mettre au vert», des aviateurs hollandais que François Jacquin, le fils de Paul et Marguerite, résistant, plaçait dans les fermes voisines avant de les aider à rejoindre des filières vers l'Espagne ...
Les Allemands et la milice française font parfois des descentes dans la région, à la recherche de maquisards et de Juifs. Les Jacquin cachent alors les aînés des enfants à la forêt tandis qu'Hélène est simulée dans une meule de foin. Les Jacquin avaient averti leurs jeunes pensionnaires de ne révéler à personne qu'ils étaient Juifs, et ce n’est qu'à la Libération qu'Hélène a découvert que les autres enfants étaient également. Après la guerre, Hélène demeura encore un an et demi chez les Jacquin, avant d'être envoyée dans l’établissement de l'OSE à Toulouse. Hélène évoquera la chaleur de la famille et tout particulièrement de la jeune Armelle qui dormait dans la chambre contiguë à la sienne. Pour sa part, Armelle se souvient d'Hélène comme d'une adolescente robuste qui ne pleurait jamais, mais avait désespérément besoin d'affection.
Hélène vit aujourd'hui en Israël et les « petites filles» sont restées en contact. Armelle, qui a appris l'hébreu, est allée rencontrer en Israël son amie et sa famille. À propos d'Hélène, Armelle Jacquin évoque “un monument de silence, de douleur et de courage ». Par leurs actions, comme par leur participation à la Résistance, tous les Jacquin n'ont eu de cesse de manifester leur hostilité à l'occupant.
Nomination: 1991- Dossier 4873 Sauvetage: Bergerac, Dordogne
Hamlet, le prince
impossible
À l'âge de treize ans, dans un coin perdu de l'Europe communiste, Ismail Kadaré, naïf adolescent albanais, s'empare du Hamlet de Shakespeare pour y apporter une correction de son cru : "Je me
souviens de ce jour ensoleillé d'hiver où j'ai pris le livre sur le rayonnage, cette fois non pas pour le recopier, mais dans une tout autre idée. Que les autres conservent leur Hamlet si ça leur
chante, moi j'aurai le mien ! Après plus d'un demi-siècle, nous pouvons enfin découvrir le Hamlet de Kadaré. Bien que l'action de la pièce remonte à très loin, presque à l'époque du Christ, on
aurait du mal à en trouver une qui concerne aujourd'hui d'aussi près les habitants de cette planète. Fascinés par elle, tous méditent et supputent sans fin à son propos. L'énigme commence dès la
première réplique entre les murs du château d'Elseneur, quand dans la nuit et le brouillard on attend l'apparition d'un spectre. Elle gît dans la question : "L'histoire qu'on voit se dérouler sur
scène n'en cache-t-elle pas une autre? Une autre que Shakespeare ne pouvait pas, ne voulait pas, n'avait pas le droit de raconter ?". Afin de percer le mystère du personnage le plus complexe du
théâtre mondial, l'écrivain remonte à son berceau parmi les dunes glacées du Jutland, dans les sagas islandaises, les abîmes d'Oedipe et d'Oreste, pour le voir resurgir en celui qu'il désigne
comme le "Hamlet extérieur", celui qui évolue à la surface de la terre dans le monde des vivants.
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Le grand écrivain albanais relit pour son plaisir cette pièce. Et prouve qu'il ne s'agit pas d'une vengeance mais d'un crime. De temps à autre, inconsciemment, Ismail Kadaré
farfouille dans sa bibliothèque et en retire « un ouvrage de première classe. » Avec Shakespeare, le Grand d'Albanie clôt une trilogie composé d'Eschyle, Dante et désormais de ce personnage
tragique immortalisé par le dramaturge de Stratford-sur-Avon. En 1603, au Globe, Shakespeare fait jouer pour la première fois sa création dans ce théâtre qu'il a conçu lui-même. A lire tous les
experts, « Hamlet simule la folie pour venger son père. » Depuis Avril brisé, roman clef de l'oeuvre de Kadaré, nous savons tous que la vengeance aveugle mine les Balkans. Un membre d'un clan tue
un membre d'un autre clan et les crimes se perpétuent de génération en génération. Quand il lit Hamlet, Kadaré le relie à son histoire. Pour lui, la pièce n'est pas le récit d'une vengeance mais
celle d'un crime.
« Comme dans les régimes communistes, les crimes sont camouflés sous les habits pratique de la vengeance » analyse-t-il, calé dans son salon qui donne sur le boulevard
St Michel. Si Hamlet était interdit en Chine, « la description des festins des princes ressemblaient trop à celle des hauts dignitaires du parti communiste chinois et était donc jugé trop
dangereuse», en Albanie « la pièce était enseignée dès le lycée. » Pour anecdote, on doit sa traduction à « l'archevêque d'Albanie » s'amuse-t-il, faisant tournoyer son chivas dans un verre
opaque. Preuve de l'importance que revêt la pièce dans ce pays, lorsque le théâtre de Pristina rouvrit en 1995 après la fin de la guerre civile, on joua Hamlet. L'Olympe de la littérature
mondiale. Il y a quelque chose de touchant à voir un grand écrivain, régulièrement annoncé comme prix Nobel, relire un classique, en faire son miel, lui rendre hommage tout en déroulant un point
de vue pas nécessairement en phase avec les universitaires qui ont consacré leur vie à cette oeuvre.
Dans sa bibliothèque idéale, il sort du rayonnage l'équipe Balzac, Rimbaud, Baudelaire. Et de se remémorer la conférence qu'il donna à la Biblothèque nationale espagnole à Madrid autour de
Cervantès. Kadaré, fin limier des traditions orales, avait découvert que deux siècles avant la publication du Quichotte, des vieillards racontaient déjà l'histoire d'un pirate albanais, récit
oral si proche de l'épopée couchée sur le papier par Cervantès. « Fascinant de constater comment le peuple de façon primitive s'approprie l'ombre d'un écrivain » constate-t-il. Qui sera sa
prochaine proie? « Homère, peut-être » murmure-t-il, le regard songeur fixé sur son verre vide...